Au Portugal, le terme « Sé » désigne le siège épiscopal, ce qui explique pourquoi les principales villes du pays possèdent leur propre cathédrale portant ce nom. Derrière leurs allures de forteresses imposantes aux murs crénelés, ces édifices dissimulent une véritable richesse architecturale façonnée par des siècles d’histoire, des séismes et des remaniements stylistiques. Des paisibles cloîtres ornés d’azulejos éblouissants aux panoramas surélevés sur la ville, la découverte des cathédrales Sé de Porto et de Lisbonne constitue une étape majeure pour comprendre l’évolution culturelle portugaise.
- Origine sémantique : « Sé » vient du latin Sedes Episcopalis, qui indique le siège de l’évêché. Ce n’est donc pas un nom propre, mais une fonction religieuse.
- La Sé de Porto : un édifice hybride surplombant le fleuve Douro, réputé pour son cloître gothique dont les murs sont tapissés d’azulejos bleus.
- La Sé de Lisbonne : la plus ancienne église de la capitale, rescapée du terrible séisme de 1755, avec un sous-sol révélant plus de 3000 ans d’histoire urbaine.
- Conseil photographique : le parvis de Porto offre un panorama dégagé sur les toits de la ville, tandis qu’à Lisbonne, le passage du mythique tramway 28 devant la façade garantit un cliché emblématique.
La cathédrale Sé de Porto : une forteresse aux trésors baroques
Une architecture hybride fascinante

Érigée à partir du XIIe siècle, la cathédrale de Porto (Sé do Porto) s’impose d’abord par son aspect militaire. Ses deux tours carrées et crénelées rappellent sa fonction originelle d’église-forteresse, conçue à l’époque pour protéger la cité. Si la structure fondatrice reste profondément romane, l’édifice témoigne d’une évolution stylistique complexe. L’intérieur révèle une nef centrale d’une grande sobriété, qui contraste vivement avec la richesse du maître-autel et des chapelles latérales. Au XVIIIe siècle, l’architecte italien Niccoló Nasoni a profondément remanié l’ensemble en y apportant des ajouts baroques, notamment une loggia élégante sur le flanc nord, créant ainsi une synthèse architecturale unique en son genre.
Le cloître gothique et la Casa do Cabildo
Attenant à l’église, le cloître gothique du XIVe siècle justifie à lui seul d’y consacrer du temps. Ses galeries sont ornées de superbes panneaux d’azulejos bleus et blancs datant de 1736. Peints par Valentim de Almeida, ils illustrent avec une grande finesse des scènes du Cantique des Cantiques ainsi que la vie de la Vierge. Depuis ce havre de paix, un escalier monumental conçu par Nasoni mène à la Casa do Cabildo (la maison du Chapitre). Cet espace abrite le « Trésor du Siège », une impressionnante collection d’art sacré comprenant des pièces d’orfèvrerie, des sculptures religieuses et des ornements liturgiques qui documentent la puissance financière de l’Église portugaise à travers les siècles.
Le belvédère extérieur
Le positionnement de la cathédrale, juchée sur la colline de Pena Ventos, au cœur du centre historique, n’a pas été choisi par hasard. L’esplanade extérieure, ou Terreiro da Sé, constitue l’un des points de vue les plus spectaculaires de Porto. Elle offre un panorama dégagé sur l’enchevêtrement des toits en tuiles rouges, le tracé sinueux du fleuve Douro et les caves de Vila Nova de Gaia sur la rive opposée. Sur cette même place trône un imposant pilori (le Pelourinho), une colonne torsadée de style manuélin qui servait autrefois de symbole d’autorité et de lieu d’exécution publique de la justice.
La Sé de Lisbonne : la mémoire de la capitale portugaise

Un survivant de l’histoire
La cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne, plus couramment appelée Sé de Lisboa, se dresse fermement dans le quartier historique de l’Alfama depuis 1147. Au cours de ses huit siècles d’existence, le monument a affronté de multiples catastrophes naturelles, dont le dévastateur séisme de 1755 qui a détruit une grande partie de la capitale. Si la chapelle principale et le panthéon royal ont été lourdement endommagés lors de ce tremblement de terre, la robuste façade romane initiale a tenu bon. Ce lieu de culte revêt également une grande importance pour les Lisboètes en raison de ses liens avec Saint-Antoine de Padoue, né à quelques pas d’ici. Il y fut baptisé et y reçut son éducation religieuse ; la tradition locale veut d’ailleurs que la croix gravée dans la pierre, visible dans l’édifice, soit de sa main.
Le cloître et ses fouilles archéologiques
À l’instar de son homologue du nord, l’édifice lisboète possède un cloître gothique datant du XIVe siècle. Toutefois, son intérêt principal réside aujourd’hui dans la cour centrale, transformée en un vaste chantier de fouilles archéologiques. Ces excavations méticuleuses ont permis de mettre au jour un millefeuille historique : des vestiges de thermes et d’habitations romaines du Ier siècle, des ruelles de l’époque islamique, ainsi que des fondations médiévales antérieures au séisme. Ce parcours archéologique documente de manière tangible les strates de civilisations sur lesquelles la capitale portugaise s’est construite.
Le Musée du Trésor patriarcal
La visite se poursuit dans les étages avec le Musée du Trésor patriarcal, organisé sur plusieurs salles. La collection expose des objets liturgiques d’une valeur historique inestimable, soigneusement préservés des flammes et des séismes au fil des siècles. On y observe notamment le coffre contenant les reliques de Saint-Vincent, le saint patron officiel de Lisbonne. Le musée expose également l’ostensoir patriarcal de Dom João V, une pièce d’orfèvrerie exceptionnelle en or massif sertie de pierres précieuses, considérée comme l’un des chefs-d’œuvre du XVIIIe siècle portugais. En prime, le parcours permet d’accéder à la tribune supérieure offrant une vue plongeante sur la nef romane et la grande rosace de la façade.
| Ville | Tarif (nef / cloître et trésor) | Accès principal | Point fort incontournable |
|---|---|---|---|
| Porto | Gratuit / 3 € | Métro São Bento | Le cloître orné d’azulejos du XVIIIe siècle |
| Lisbonne | Gratuit / 5 € | Tramway ligne 28 (arrêt Sé) | Les fouilles archéologiques romaines et maures |
Quiz : À la découverte des cathédrales Sé de Porto et Lisbonne
Testez vos connaissances sur ces deux monuments emblématiques du Portugal !
Question 1 / 7
Informations pratiques pour organiser vos visites
Tarifs et horaires d’ouverture
L’accès aux nefs principales des deux cathédrales est gratuit, permettant de s’imprégner de l’atmosphère solennelle des lieux librement. En revanche, l’exploration des espaces historiques (cloîtres, musées et fouilles) nécessite l’achat d’un billet. À Porto, l’entrée pour le cloître et la Casa do Cabildo s’élève à 3 euros (un billet combiné à 5 euros inclut également le Palais Épiscopal voisin). À Lisbonne, le tarif d’accès au cloître, aux fouilles et au Musée du Trésor est de 5 euros pour un adulte et de 3 euros pour les enfants de 7 à 12 ans (réduction de 20 % pour les détenteurs de la Lisboa Card).
Côté horaires, la Sé de Porto se visite toute la semaine, généralement de 9h00 à 18h30 (horaires réduits en hiver). Attention cependant à Lisbonne : la cathédrale ferme systématiquement ses portes aux visites touristiques les dimanches et jours fériés pour se consacrer exclusivement aux célébrations du culte.
Comment s’y rendre ?
L’accès à ces monuments historiques demande un léger effort, tous deux étant perchés sur des collines. À Porto, la solution la plus simple consiste à descendre à la station de métro São Bento. La courte marche d’environ 400 mètres vous fera remonter les rues pavées du quartier de Batalha jusqu’au parvis dégagé. Du côté de Lisbonne, le trajet de la montée fait partie intégrante de la découverte urbaine : la cathédrale se trouve sur le parcours tortueux du célèbre tramway jaune de la ligne 28 (ainsi que la ligne 12). Descendre à l’arrêt « Sé » vous dépose exactement devant les portes de l’édifice, un emplacement stratégique pour photographier les transports historiques se croisant au pied des tours millénaires.
Les cathédrales Sé de Porto et de Lisbonne illustrent fidèlement la résilience de l’architecture portugaise face aux épreuves du temps. Bien qu’elles partagent des origines d’églises-forteresses romanes, chacune a cultivé une identité distincte, entre l’écrin d’azulejos du nord et le livre d’histoire archéologique à ciel ouvert du sud. Leurs visites constituent des étapes informatives solides pour comprendre les fondations historiques du pays.
Entre l’allure de forteresse de Porto et la richesse archéologique de Lisbonne, quelle cathédrale Sé a votre préférence pour un prochain voyage ?
